Procédure d'Expulsion d'un Locataire : Guide Juridique Complet

Mis à jour le 26/08/2026 14 min de lecture Gestion Locative

L'expulsion d'un locataire est une procédure strictement encadrée par la loi. En France, il est impossible d'expulser un locataire sans une décision de justice. La procédure est longue, coûteuse et soumise à de nombreuses règles de protection du locataire, dont la trêve hivernale. Ce guide detaille chaque étape de la procédure légale.

Motifs d'expulsion autorises

L'expulsion d'un locataire ne peut être demandée que pour des motifs précis et legitimes. Voici les situations qui peuvent conduire a une procédure d'expulsion.

Motif Fondement juridique Prérequis
Loyers impayés Clause résolutoire du bail Commandement de payer reste infructueux (2 mois)
Défaut d'assurance Clause résolutoire du bail Mise en demeure restée sans effet (1 mois)
Troubles de voisinage Résiliation judiciaire pour faute grave Preuves des troubles (constats, plaintes, témoignages)
Sous-location non autorisée Violation des obligations du bail Preuve de la sous-location irrégulière
Non-respect du bail Résiliation judiciaire Manquements graves et repetes
Fin de bail (congé) Congé pour reprise, vente ou motif legitime Respect du préavis de 6 mois, forme LRAR ou huissier

Interdiction formelle

L'expulsion de fait (changer les serrures, couper l'eau ou l'électricité, retirer les meubles) est un délit pénal puni de 3 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende (article 226-4-2 du Code pénal). Seule une procédure judiciaire permet d'expulser légalement un locataire.

Les étapes de la procédure d'expulsion

La procédure d'expulsion suit un cheminement précis impose par la loi. Voici les étapes dans l'ordre chronologique.

Étape 1 : Le commandement de payer (pour impayés)

Le commissaire de justice (huissier) delivre un commandement de payer au locataire. Celui-ci dispose d'un délai de 2 mois pour régulariser sa situation. Le commandement doit mentionner la clause résolutoire du bail et informer le locataire de ses droits.

Étape 2 : L'assignation en justice

Si le locataire ne paie pas dans le délai de 2 mois, le propriétaire fait assigner le locataire devant le juge des contentieux de la protection. L'assignation doit être signifiée au locataire au moins 2 mois avant l'audience. Une copie doit être notifiée au préfet.

Étape 3 : L'audience et le jugement

Le juge examine la situation des deux parties. Il peut :

  • Constater la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion
  • Accorder des délais de paiement au locataire (jusqu'à 3 ans) en suspendant les effets de la clause résolutoire
  • Rejeter la demande si les conditions ne sont pas réunies

Étape 4 : La signification du jugement

Le jugement est signifie au locataire par un commissaire de justice. Le locataire dispose d'un délai d'appel d'un mois pour les jugements contradictoires.

Étape 5 : Le commandement de quitter les lieux

Si le locataire ne quitte pas volontairement le logement, un commandement de quitter les lieux lui est delivre. Il dispose alors d'un délai de 2 mois pour libérer le logement.

Étape 6 : Le concours de la force publique

Si le locataire ne part toujours pas, le propriétaire demande le concours de la force publique au préfet. Celui-ci dispose d'un délai de 2 mois pour répondre.

Récapitulatif des délais

Étape Délai Délai cumule (approximatif)
Commandement de payer 2 mois 2 mois
Assignation en justice 2 mois minimum avant audience 4 mois
Audience et jugement 1 à 6 mois (selon encombrement) 5 à 10 mois
Signification + délai d'appel 1 mois 6 à 11 mois
Commandement de quitter les lieux 2 mois 8 à 13 mois
Demande force publique + réponse 2 mois 10 à 15 mois
Exécution effective Variable 12 à 24 mois au total

La trêve hivernale

La trêve hivernale est une période pendant laquelle aucune expulsion locative ne peut être exécutée, même si une décision de justice l'ordonne.

Dates de la trêve hivernale

La trêve hivernale s'applique du 1er novembre au 31 mars de chaque année. Pendant cette période :

  • Aucune expulsion ne peut être exécutée
  • Les procédures judiciaires peuvent continuer (assignation, jugement)
  • Les commandements de payer et de quitter les lieux restent valables
  • Les coupures de gaz et d'électricité sont également interdites

Exceptions a la trêve hivernale

La trêve hivernale ne s'applique pas dans certaines situations :

  • Squatteurs : les occupants sans droit ni titre d'un domicile (depuis la loi ASAP de 2020)
  • Relogement assure : si le locataire beneficie d'un relogement adapte a ses besoins
  • Logement dangereux : si l'immeuble fait l'objet d'un arrete de péril
  • Violence conjugale : expulsion du conjoint violent ordonnée par le juge

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Le concours de la force publique

Si le locataire refuse de quitter le logement malgré le jugement d'expulsion, le propriétaire doit demander le concours de la force publique au préfet.

Procédure de demande

  1. Le commissaire de justice constate l'échec de l'exécution volontaire
  2. Il redige un procès-verbal de tentative d'expulsion infructueuse
  3. Le propriétaire (ou son commissaire de justice) adresse une demande au préfet
  4. Le préfet dispose de 2 mois pour accorder ou refuser le concours de la force publique

En cas de refus du préfet

Si le préfet refuse ou ne répond pas dans le délai de 2 mois, le propriétaire peut demander une indemnisation a l'État pour le préjudice subi (loyers perdus, frais de procédure). L'État est responsable des conséquences de son refus de prêter la force publique. L'indemnisation couvre les loyers impayés à compter du refus jusqu'à la libération effective du logement.

Conseil

Conservez scrupuleusement tous les documents de la procédure : commandement de payer, assignation, jugement, signification, commandement de quitter les lieux, PV de tentative d'expulsion. Ces pièces sont nécessaires pour la demande d'indemnisation a l'État.

Protections du locataire

La loi prévoit de nombreuses protections pour le locataire tout au long de la procédure d'expulsion.

Délais de grâce

Le juge peut accorder au locataire des délais supplémentaires pour quitter le logement, allant de 3 mois a 3 ans, en tenant compte de la situation personnelle du locataire (age, état de santé, situation familiale, conditions de relogement).

Dispositifs d'aide

Dispositif Description Qui peut en bénéficier
FSL Fonds de Solidarité pour le Logement : aide financière pour les arrieres Locataires en difficulté financière
CCAPEX Commission de coordination des actions de prévention des expulsions Menages en situation d'impayé
DALO Droit Au Logement Opposable : relogement par l'État Personnes menacées d'expulsion sans solution de relogement
Aide juridictionnelle Prise en charge des frais d'avocat par l'État Personnes aux revenus modestes

Questions fréquentes

Combien de temps dure une procédure d'expulsion ?

Une procédure d'expulsion dure en moyenne 18 à 24 mois, voire plus si le locataire obtient des délais du juge ou si la trêve hivernale suspend l'exécution. Dans les cas les plus complexes, la procédure peut s'étendre sur 3 ans ou davantage.

Qu'est-ce que la trêve hivernale ?

La trêve hivernale est une période du 1er novembre au 31 mars pendant laquelle aucune expulsion ne peut être exécutée. Les procédures judiciaires peuvent continuer pendant cette période, mais l'exécution effective (la mise a la porte) est suspendue.

Peut-on expulser un locataire sans jugement ?

Non, en France, toute expulsion doit être ordonnée par un juge. L'expulsion de fait (changer les serrures, couper les fluides) est strictement interdite et constitue un délit pénal passible de 3 ans de prison et 30 000 euros d'amende.

Le propriétaire est-il indemnise si l'État refuse le concours de la force publique ?

Oui, si le préfet refuse ou tarde à accorder le concours de la force publique, le propriétaire peut demander une indemnisation a l'État. L'indemnisation couvre les loyers perdus à compter du refus jusqu'à la libération effective du logement.

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