Entretien Locatif : Obligations du Propriétaire et du Locataire

Mis à jour le 26/08/2026 10 min de lecture Travaux & Maintenance

L'entretien courant paraît anodin jusqu'au jour où il coûte cher. Un joint jamais refait finit en dégât des eaux ; une VMC jamais nettoyée finit en moisissures et en contestation sur la décence ; une chaudière non entretenue finit en refus d'indemnisation par l'assureur. Le partage est écrit — au locataire l'usage et le courant, au bailleur le bâti, les équipements en fin de vie et la mise en conformité — mais l'essentiel se joue dans deux zones grises : les entretiens à périodicité imposée, dont le défaut se retourne contre les deux parties, et la preuve qu'il faut avoir constituée pour qu'une retenue tienne à la sortie.

1. Le partage en une règle

Un décret énumère limitativement les réparations locatives : travaux d'entretien courant et menues réparations à la charge du locataire. Tout le reste incombe au bailleur.

Locataire Bailleur
L'usage : ce qui se nettoie, se règle, se graisse Le bâti : structure, clos, couvert, réseaux encastrés
Les menues réparations du décret Le remplacement des équipements en fin de vie
Les entretiens périodiques imposés La mise en conformité et la décence
Les dégradations qui lui sont imputables Tout ce qui relève de la vétusté

Et la règle qui tranche la plupart des litiges : la vétusté prime. Un équipement usé n'a pas été dégradé, il est arrivé en fin de vie — son remplacement revient au bailleur même s'il figure sur la liste des réparations locatives. Le partage complet des postes est détaillé dans notre guide de la répartition des charges et travaux.

2. Les obligations du locataire, pièce par pièce

Poste À la charge du locataire
Cuisine et salle de bains Joints de silicone, flexibles de douche, siphons, débouchage accessible, détartrage de la robinetterie
Chauffage Purge des radiateurs, entretien annuel de la chaudière individuelle, remplacement des joints de purge
Ventilation Nettoyage des bouches, grilles et entrées d'air
Électricité Ampoules, fusibles, interrupteurs et prises, baguettes et gaines apparentes
Menuiseries Graissage des gonds et paumelles, remplacement de poignées, mastic des vitres
Volets et stores Graissage, cordes, lames abîmées par l'usage courant
Revêtements Maintien en état des peintures, raccords ponctuels, entretien des sols
Serrurerie Graissage, remplacement de petites pièces, clés perdues
Extérieurs privatifs Tonte, taille, désherbage, entretien des allées, élagage courant

En location meublée, s'ajoute l'entretien du mobilier et des équipements figurant à l'inventaire — voir meubles obligatoires en location meublée.

3. Les entretiens à périodicité imposée

Trois obligations ne relèvent pas du bon vouloir : elles ont une périodicité fixée et laissent une trace écrite, ce qui les rend décisives en cas de sinistre.

Entretien Périodicité À la charge de
Chaudière individuelle Annuelle Locataire, attestation à conserver
Ramonage des conduits 1 à 2 fois par an selon le règlement sanitaire Locataire, certificat à conserver
Chauffage collectif Contrat de la copropriété Bailleur, récupérable en charges
Détecteur de fumée Vérification et piles Installation : bailleur — entretien : locataire
VMC Nettoyage courant / maintenance de l'installation Nettoyage : locataire — installation : bailleur

L'attestation d'entretien vaut mieux qu'un rappel de bail

En cas d'incendie ou d'intoxication liés à un appareil de chauffage, l'assureur cherche systématiquement le justificatif d'entretien. Son absence peut conduire à une réduction, voire à un refus d'indemnisation — et le litige se déplace alors entre le locataire, son assureur et vous. Le réflexe utile tient en une ligne : demander chaque année, par simple message, la copie de l'attestation d'entretien et du certificat de ramonage, et l'archiver avec le dossier du bien. Ce n'est pas de la défiance, c'est ce qui protège les deux parties le jour du sinistre — voir gérer un sinistre locatif.

4. Les obligations du bailleur

Elles se résument en trois engagements continus, valables pendant toute la durée du bail.

  1. Délivrer un logement décent et en bon état d'usage et de réparation — voir décence du logement
  2. Effectuer toutes les réparations autres que locatives : structure, clos et couvert, réseaux, équipements en fin de vie, mise en conformité
  3. Assurer la jouissance paisible : intervenir dans un délai raisonnable dès qu'un désordre est signalé

La troisième obligation est celle que les bailleurs sous-estiment le plus. Laisser traîner une réparation qui vous incombe expose à une action en réduction de loyer, voire en dommages-intérêts, et fragilise votre position si le locataire cesse de payer. Répondez par écrit, même pour dire que l'intervention est planifiée : la trace écrite compte autant que l'intervention elle-même.

Ces dépenses sont déductibles de vos revenus fonciers au régime réel, avec report en déficit foncier si elles dépassent les loyers de l'année. Notre partenaire Fidurian en détaille le fonctionnement et les plafonds.

5. Les zones grises fréquentes

Situation Qui paie
Canalisation bouchée par des lingettes Locataire
Canalisation bouchée par des racines ou l'entartrage du réseau Bailleur
Moisissures dues à une aération insuffisante Locataire, si la ventilation fonctionne
Moisissures dues à un défaut d'isolation ou de VMC Bailleur — enjeu de décence
Chaudière en panne, entretien annuel réalisé Bailleur
Chaudière en panne, aucun entretien depuis trois ans Locataire, à hauteur de sa faute
Volet roulant hors service après quinze ans Bailleur (vétusté)
Volet roulant forcé, lames pliées Locataire, vétusté déduite

Le cas des moisissures est le plus disputé, parce qu'il croise deux obligations : celle d'aérer, qui pèse sur le locataire, et celle de fournir un logement ventilé et isolé, qui pèse sur le bailleur. Le partage se joue sur un point vérifiable : la ventilation fonctionne-t-elle ? Faites-le constater avant toute discussion — un rapport technique règle en une page ce qu'une correspondance de six mois ne tranchera pas.

6. Que faire face à un défaut d'entretien

  1. Signaler par écrit l'obligation concernée, en demandant les justificatifs manquants
  2. Proposer une visite d'un commun accord — vous n'avez pas de droit de visite discrétionnaire
  3. Documenter l'état constaté par des photographies datées
  4. Mettre en demeure par lettre recommandée si le défaut persiste et cause un dommage
  5. Intervenir vous-même en cas d'urgence, en conservant devis et factures
  6. Retenir à la sortie ce qui est prouvé, vétusté déduite

Le point 2 mérite d'être souligné : le locataire a droit à la jouissance paisible du logement, et aucun droit de visite général n'existe en cours de bail. Une visite s'organise avec son accord, ou dans les cas prévus par la loi — préparation de travaux, visites en vue d'une vente ou d'une relocation. En pratique, une visite annuelle proposée courtoisement est acceptée dans la grande majorité des cas, et c'est le meilleur outil de suivi qui soit.

7. Constituer la preuve, dès l'entrée

Toute retenue à la sortie se gagne ou se perd le jour de la remise des clés.

  • État des lieux d'entrée détaillé, avec photographies datées pièce par pièce — sans lui, le logement est réputé reçu en bon état
  • Inventaire du mobilier en meublé, marque et modèle des équipements
  • Grille de vétusté annexée au bail : elle transforme la discussion de sortie en simple calcul
  • Notice d'entretien remise au locataire, rappelant les périodicités imposées
  • Archivage annuel des attestations d'entretien et certificats de ramonage
  • Trace écrite de chaque signalement et de chaque intervention

À la sortie, la méthode est invariable : comparer les états des lieux ligne à ligne, qualifier chaque écart, chiffrer par devis, appliquer la vétusté, notifier un décompte détaillé et restituer le solde du dépôt de garantie dans le délai légal — un mois si tout est conforme, deux mois en cas de retenue, avec une majoration automatique de 10 % du loyer par mois de retard entamé.

Questions fréquentes

Quelles sont les obligations d'entretien du locataire ?

L'entretien courant du logement, de ses équipements et des extérieurs privatifs, plus les menues réparations du décret : joints, flexibles, siphons, débouchage accessible, nettoyage des bouches de VMC, purge des radiateurs, graissage, ampoules et fusibles, entretien du jardin. S'y ajoutent les entretiens à périodicité imposée, dont celui de la chaudière individuelle.

Qui paie l'entretien annuel de la chaudière ?

Le locataire, pour une chaudière individuelle — attestation à conserver. Le remplacement de l'appareil et les réparations liées à la vétusté restent au bailleur. En chauffage collectif, le contrat est souscrit par la copropriété et refacturé au locataire via les charges récupérables.

Le ramonage est-il obligatoire et à la charge de qui ?

Oui, avec une périodicité fixée par le règlement sanitaire départemental — une à deux fois par an selon le combustible. Il figure parmi les réparations locatives : c'est le locataire qui le fait réaliser et conserve le certificat. En cas d'incendie lié au conduit, son absence peut faire réduire ou refuser l'indemnisation.

Que faire si le locataire n'entretient pas le logement ?

Signaler par écrit l'obligation concernée et demander les justificatifs, puis proposer une visite d'un commun accord — vous n'avez pas de droit de visite discrétionnaire. Si le défaut persiste et cause un dommage, sa responsabilité est engagée et une retenue à la sortie devient possible, à condition de la prouver et d'en déduire la vétusté.

Quelles sont les obligations d'entretien du bailleur ?

Délivrer un logement décent et en bon état d'usage, effectuer toutes les réparations autres que locatives pendant le bail — structure, clos et couvert, réseaux encastrés, équipements en fin de vie, mise en conformité — et assurer la jouissance paisible, donc intervenir dans un délai raisonnable après tout signalement.

Le bailleur peut-il visiter le logement pour vérifier son entretien ?

Pas librement. Le locataire a droit à la jouissance paisible et il n'existe aucun droit de visite général en cours de bail. Une visite suppose son accord, ou l'un des cas prévus par la loi (préparation de travaux, visites pour vente ou relocation). En pratique, une visite annuelle proposée courtoisement est presque toujours acceptée.

Attestations d'entretien archivées, année après année

Immorian conserve par bien les certificats de ramonage, attestations de chaudière, signalements et interventions : la preuve exacte que réclame un assureur après un sinistre.

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